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01 about
Fasciné par le déploiement de l'apparition du tableau j ‘essaie de peindre de telle façon que chacun puisse entrevoir ce chemin autant que le paysage sur lequel il s’ ouvre.
Né en France en 1955 je vis et travaille à Jérusalem depuis 2015. J' ai commencé à peindre avec un ami dans un cours du soir au collège. Il aimait dessiner, j’ aimais peindre. Nous sommes entrés ensemble à l’ Institut d'.Art Visuels . d’Orléans (1975/76) puis j’ ai été admis dans le département Art de la Villa Arson - Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Nice - (1976/79). Au sortir de l’ Ecole j’ ai suivi une formation de peintre en bâtiment et ensuite des études d’ infirmier psychiatrique (1980/1983). Je connaissais déjà un peu l’ hôpital et ses patients pour y avoir travaillé chaque été comme garçon de salle pendant mes études aux Beaux-Arts. Devenu infirmier psychiatrique et puis Cadre -soignant à l’ EPSM Georges Daumezon du Loiret j ‘ ai concilié presque quotidiennement peinture et psychiatrie. Avec la paternité et le Judaïsme ils furent mes seuls vrais viatiques.
A Orléans et à Nice j’ avais découvert les débuts de l’ abstraction, Support Surface, la peinture américaine mais aussi l' art parietal - la naissance de l’ art selon Georges Bataille - , le Quattrocento et la peinture chinoise.
Nous devions « tout » connaitre des oeuvres qui nous précédaient et particulièrement celles du 20 eme siècle.
Il nous fallait , en quelque sorte, répondre des nôtres devant elles. Toutes les voies de l’ art contemporain nous étaient ouvertes . Un peu à contre courant je choisis celles de la peinture plutôt que celles de Marcel Duchamp.
Au début de mes études d’ infirmier j’ avais aussi rencontré André Robillard. Il habitait à l’hôpital , il dessinait , assemblait , entassait , collectionnait dans ce qui lui servait à la fois de logement et d’ atelier. Je découvrais l’ art brut des « hommes du commun à l’ ouvrage » selon la formule de Jean Dubuffet, mais aussi les expressions de la folie , telles qu’ en parlaient Jean Oury et Henri Maldiney. Que ce soit dans les oeuvres souvent sans lendemain des patients : poèmes, dessins , confidences, paroles , venues du plus profond de soi ou dans les écrits d’ Antonin Artaud.
En 1984, après un détour par le paysage, la nature morte et l’ autoportrait, je repris donc la peinture là où je l’ avais « laissée » . C’est à dire au coeur d’ une composition géométrique en losange réalisée à Nice en 1977. Je revins à ma pratique : le travail à plat , des lignes de composition excédant le format du tableau , tout en m' éloignant de l' expressionnisme et de l’ immédiateté des débuts, avec des gestes lents , des couleurs transparentes et liquides .
J’ai commencé à travailler à partir de principes de composition puisés dans l’histoire de l’art et la géométrie ( symétrie circulaire, noeuds borroméens , progression harmonique du carré, construction géométrique de la Proportion d’ or et ensuite, décomposition harmonique du carré , rectangle et spirale de croissance harmonieuse de Matila Ghyka ) .
Tout commence aléatoirement par une sorte de coup de dés : la pose sur la toile ou le papier tendu de formes géométriques issues du principe de composition . Chacune étant porteuse du dessin des 6 ou 7 autres qui le composent : des lignes et des formes surgissent de cet entrecroisement, lui même porteur de nombreux autres à venir. Gestes aplats et lignes, blanc, noir ou de couleur, vont, tour à tour s’ arrimer à ces engendrements dans l’ imprévu d’ une forme « d’ association libre ».
Chaque élément a sa vie propre, il est d’ abord dessiné ou peint « à blanc » histoire d’imaginer, pressentir quand , où et comment ils pourraient se poser dans le tableau .
Je les peins en occultant ce qui les entoure et découvre , a posteriori, les dessins issus de leur juxtaposition . La pose des couches elle - même se décompose dans l’ épaisseur du temps et la transparence laisse percevoir les différentes strates de l’ avènement du tableau.
Sans esquisses, ni préalables, je mène en général plusieurs tableaux simultanément, parfois jusqu’a 5 ou 6. Plus ils sont nombreux plus il m’est possible de les oublier et de les retrouver avec surprise . J’interviens à chaque séance au moins une fois et sans repentir sur une partie de chacun d’ entre eux . C’est seulement ainsi que j ‘ arrive à m’en approprier l’ apparition.
En 1989, dans un paragraphe intitulé Epiphanies tiré des « Notes » réunies pour présenter l’ exposition des oeuvres de la série des « Compositions » , j’ écrivais : « La fascination qu’exerçaient sur moi les infimes changements produits par le passage d’une couche sur la toile était sans doute le moteur de cette pratique « répétitive ». L’ abandon de la répétition s’ est produit lorsque, chemin faisant, j’ai découvert que sa justification ne se trouvait pas dans le but que je lui avais assigné au départ ( produire des couleurs uniques) mais plutôt dans la possibilité de pouvoir ainsi peindre avec et sur ce qui me fascinait. »
Au fond cela est encore vrai aujourd’hui.
Je reste fasciné par le déploiement de l'apparition du tableau : premiers instants de la peinture, avènements imprévus de ses dessins, montée progressive de son intensité, et j ‘essaie de peindre de telle façon que chacun puisse entrevoir ce chemin autant que le paysage sur lequel il s’ ouvre.
PS : Mes œuvres ont été exposées en France et en Israël et sont présentes sur plusieurs sites d’ Art contemporain et de galeries. Deux catalogues édités par le Centre d’ Art Contemporain de la Scène Nationale d’ Orléans m' ont été consacrés avec des textes du peintre Christian Bonnefoi « La pose du temps » et de l’historien d’art Tristan Trémeau « Peindre avec réserve ». J' ai pour ma part consacré plusieurs écrits à mon travail ainsi qu’aux ateliers de pratiques artistiques et projets culturels que j' ai menés à l’hôpital.
Cofondateur du collectif d’artistes « le Pays Où le Ciel est Toujours Bleu » j' ai été également de 2000 à 2015 responsable des projets culturels de l’ E.P.S.M. Georges Daumezon avec en particulier la mise en place d’une résidence d’artiste « Art et Architecture » en partenariat avec le Frac Centre mais aussi la réalisation d’un fusil monumental avec André Robillard dans le cadre du centenaire de l’établissement.
Jerusalem 7 novembre 2025
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2013 « André Robillard chasseur de rêves. Portrait de l’artiste en quête des autres » Jean Delaunay
in « André Robillard et l’art brut » (Catalogue d’exposition ISBN 978—2-910173-43-2)
Musée des Beaux Arts d’Orléans / CHD G. Daumezon
2012 «L’art brut dans la cité ou l’hommage public de l’hôpital à l’ œuvre d’André Robillard » Jean Delaunay
in Trait d’union (journal interne) CHD G. Daumezon
2011 « Loin de la poussière » Jean Delaunay (catalogue d’expositions P.O.C.T.B.)
2011 « Silencieuse présence ou les voies du dessin » Jean Delaunay in « Toi et Vous »
(brochure d’ exposition ) FRAC CENTRE/ CHD DAUMEZON
2010 « Les frontières comme motifs » Jean Delaunay in « Ai Kitahara »
(brochure d’ exposition) FRAC CENTRE / CHD DAUMEZON
2008 « Une résidence d’artiste à l hôpital psychiatrique » Jean Delaunay in « 47°54’13.62’’N 1°53’47.19’’E DN » (brochure d’ exposition) FRAC CENTRE / CHD DAUMEZON
2006 « Béréchit 1988» J/Y Delaunay-Israel Musée Hechal Shlomo Jérusalem
2003 « S.Turpin, J. Delaunay et L. Mazuy, S. Bordarier et C. Cuzin » Tristan Trémeau
(Art-Press N°287 février )
2002 « Dialogues » Tristan Trémeau (plaquette d’exposition, Vierzon)
2000 « Partis pris » Jean Delaunay in « Peintures » le Pays Où le Ciel est Toujours Bleu
(Brochure d’exposition) http://poctb.fr
1998 « Tant et Temps » Sérigraphies d’ art Jean Dominique Burtin
(Plaquette Edition Dubois Imageries)
1996 « Peindre avec réserve » Tristan Trémeau (catalogue d’exposition, Orléans)
1991 « Le cheminement de la peinture - Notes sur un itinéraire thérapeutique » Jean Delaunay
Ecole des Cadres de santé mentale C.H. ST ANNE PARIS
1989 « La pose du temps » Christian Bonnefoi (catalogue d’exposition, C.A.C. Orléans)
1989 « Notes » Jean Delaunay (plaquette d’exposition) C.A.C.ORLEANS
1983 « A propos de deux expériences d'atelier de peinture à l'hôpital » Jean Delaunay Ecole d'infirmier de
Secteur Psychiatrique C.H. G.DAUMEZON FLEURY LES AUBRAIS
1983 « 146 Créateurs » Nancy Delaunay E.N.S.A.D. Villa Arson Nice
1977 « A propos de la visite d’une grotte peinte à l’âge du renne » Jean Delaunay ENSA Villa Arson Nice
















